Le musée Albert-Kahn accueille une exposition inédite sur le Dahomey des années 1930. Elle présente des archives photographiques coloniales, confrontées à des œuvres contemporaines d’artistes béninois. Cette rencontre entre passé et présent permet de réfléchir à la mémoire, à l’histoire et à sa représentation.
Une mission photographique exceptionnelle au Dahomey
En 1930, le père Francis Aupiers, missionnaire installé au Dahomey depuis vingt ans, part documenter la région. Il collabore avec le photographe Frédéric Gadmer dans le cadre du projet « Les Archives de la planète », financé par Albert Kahn.
Cette mission reste unique en Afrique. Elle donne lieu à plus de 1 000 plaques autochromes et 140 bobines de film. Ensemble, ils enregistrent environ huit heures et demie d’images en couleur. Leurs prises de vue montrent l’agriculture, les rituels vaudous, les cérémonies royales ou encore l’architecture locale.
Contrairement aux autres missionnaires de son époque, le père Aupiers valorise les croyances locales. Il reconnaît la profondeur spirituelle du vaudou et ne cherche pas à l’effacer.
Des artistes béninois répondent aux archives
L’exposition « Bénin, aller-retour » se déroule jusqu’au 14 juin 2026. Elle ne se limite pas à exposer des documents anciens. Elle les met en dialogue avec les œuvres de plusieurs artistes béninois.
Roméo Mivekannin et Ishola Akpo figurent parmi les créateurs invités. Leurs œuvres questionnent les récits visuels construits à l’époque coloniale. Elles font émerger des figures méconnues comme la reine amazone Tassi Hangbé. Elle reste absente des récits officiels, mais sa mémoire perdure dans la culture populaire.
Ces artistes réinterprètent les images du passé. Ils redonnent une voix aux personnages effacés. Ils déplacent le regard et interrogent la domination coloniale.
Une réflexion ouverte sur la mémoire postcoloniale
Le musée propose bien plus qu’une simple exposition patrimoniale. Il crée un espace de réflexion critique. Il interroge la façon dont les images forgent notre vision de l’histoire.
La restauration numérique des films permet d’en révéler les détails. Ces documents retrouvent une nouvelle vie dans un cadre muséal. Ce contexte permet au public d’en comprendre les limites et les intentions.
Les œuvres contemporaines apportent un contrepoint essentiel. Elles déstabilisent le regard figé des archives. Elles ouvrent une lecture plurielle, sensible et engagée.


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